Risques et complications de la rhinoplastie

Aucune chirurgie n'est sans risque, et la rhinoplastie ne fait pas exception. La majorité des complications sont mineures et résolutives. Quelques-unes, plus rares, peuvent laisser des séquelles. Voici une liste exhaustive et honnête de ce qui peut survenir, avec les fréquences réelles et la conduite à tenir.

Avertissement

Cette page n'a pas vocation à effrayer mais à informer. Les chiffres cités proviennent de la littérature médicale internationale et de la SOFCPRE. La fréquence réelle dépend largement de l'expérience du chirurgien : un opérateur réalisant plus de 100 rhinoplasties par an a des taux 2 à 5 fois inférieurs à un opérateur occasionnel.

Complications précoces (premiers jours)

Saignement post-opératoire (1-3 %)

Le saignement modéré (suintement, quelques gouttes) est normal les 48 premières heures. Un saignement abondant et actif nécessite une consultation immédiate. Le chirurgien peut être amené à reméger les fosses nasales sous anesthésie locale.

Hématome (< 1 %)

Collection sanguine sous la peau du nez ou dans le septum (hématome septal). Particulièrement grave car peut entraîner une nécrose du cartilage septal. Signes : asymétrie soudaine, douleur disproportionnée, déformation visible. Prise en charge : drainage chirurgical en urgence.

Infection (1-2 %)

Rare grâce à la richesse vasculaire du nez. Signes : fièvre, rougeur, douleur pulsatile, écoulement purulent par les narines après J+3. Traitement par antibiothérapie, parfois drainage. Une antibioprophylaxie est souvent prescrite à titre préventif.

Toxic shock syndrome (extrêmement rare)

Lié à la présence de mèches non résorbables laissées en place. Quasi-disparu depuis le passage aux mèches résorbables.

Complications précoces mineures

  • Œdème prolongé : variable, plus marqué chez les peaux épaisses. Normal mais parfois inquiétant pour le patient ;
  • Ecchymoses étendues : peuvent descendre jusqu'à la mâchoire. Sans gravité, résorption en 2 semaines ;
  • Nausées, vomissements liés à l'anesthésie générale et au sang dégluti pendant l'opération ;
  • Constipation liée aux antalgiques opiacés ;
  • Engourdissement temporaire de la pointe du nez, des incisives supérieures, du palais ;
  • Croûtes intra-nasales abondantes les 2 premières semaines, à entretenir par lavages.

Complications esthétiques tardives

Irrégularités du dorsum (5-10 %)

Petite bosse résiduelle, asymétrie, légère dépression. Visible surtout sur les peaux fines. Souvent corrigeable par injection ou retouche chirurgicale après 12 mois.

Polly beak (bec de perroquet) (3-5 %)

Saillie de la jonction entre la pointe et le dorsum, par excès de tissu cicatriciel ou par sous-correction de la portion cartilagineuse du dorsum. Peut nécessiter une infiltration de corticoïdes, voire une retouche.

Inverted V deformity (2-5 %)

Visible cassure en V inversé à la jonction entre les os propres et les cartilages latéraux supérieurs, par insuffisance de soutien. Témoigne d'une chirurgie réductrice trop agressive.

Open roof (toit ouvert) (rare)

Échec de la fermeture des os propres après résection de la bosse. Le dorsum apparaît plat et large. Nécessite reprise chirurgicale.

Pointe pincée (pinched tip) (3-8 %)

Aspect trop fin, trop affiné de la pointe par résection excessive des cartilages alaires. Difficile à corriger, peut nécessiter une greffe de cartilage.

Pointe tombante secondaire (3-5 %)

Récidive de la chute de la pointe après quelques mois, généralement par insuffisance de soutien columellaire. Évitable par greffon columellar strut.

Asymétrie (5-10 %)

Légère ou marquée, fréquemment liée à l'asymétrie pré-existante du visage ou à une résorption cicatricielle non symétrique. Souvent amélioration spontanée à 12-18 mois.

Cicatrice columellaire visible (rare)

Pour les voies ouvertes. La cicatrice est généralement quasi-invisible à 6 mois. Cicatrices hypertrophiques ou chéloïdes possibles chez les patients prédisposés.

Complications fonctionnelles tardives

Obstruction nasale résiduelle (10-15 %)

Cause la plus fréquente : effondrement des valves nasales par résection excessive des cartilages latéraux supérieurs. Évitable par pose systématique de spreader grafts en cas de résection importante. Traitement : reprise avec greffons écarteurs.

Perforation septale (1-3 %)

Trou dans la cloison nasale, généralement secondaire à un hématome ou à un excès de résection septale. Conséquences : sifflement nocturne, croûtes, saignements récurrents. Peut nécessiter une réparation chirurgicale spécialisée.

Anosmie ou hyposmie (1-2 %)

Diminution de l'odorat. Habituellement transitoire, récupération en quelques mois. Définitive dans moins de 0,5 % des cas.

Rhinite atrophique (rare)

Sécheresse nasale chronique liée à une résection turbinale excessive. Symptômes : croûtes, mauvaise odeur, saignements. Évitable par préservation des cornets inférieurs.

Complications graves et exceptionnelles

Nécrose cutanée nasale (0,1-0,3 %)

Mortification de la peau du nez par défaut de vascularisation. Facteurs de risque : tabagisme, vaisseau lésé per-opératoire, hématome compressif. Conséquences graves : cicatrice définitive, déformation. Prévention : sevrage tabagique strict, dissection au bon plan.

Cécité (très exceptionnelle, < 1/100 000)

Liée à une embolie vasculaire rétrograde par l'artère ophtalmique. Risque principalement décrit en rhinoplastie médicale (injections), exceptionnel en rhinoplastie chirurgicale.

Méningite post-opératoire (exceptionnel)

Liée à une effraction de la lame criblée de l'ethmoïde lors d'ostéotomies trop hautes. Symptômes : fièvre, céphalées intenses, raideur de nuque dans les jours suivant l'op. Urgence absolue.

Embolie pulmonaire (rare)

Comme pour toute chirurgie, lié à l'immobilisation et à un terrain prédisposé. Prévention par bas de contention, mobilisation précoce, héparines de bas poids moléculaire si facteurs de risque.

Complications psychologiques

Trop souvent négligées, elles existent :

  • Dépression post-opératoire les premiers jours par le « blues du résultat invisible » ;
  • Insatisfaction durable chez des patients dysmorphophobiques non identifiés en pré-op ;
  • Obsession du résultat, contrôle quotidien dans le miroir ;
  • Demande de retouche en boucle chez les patients à attentes irréalistes.

Une évaluation psychologique pré-opératoire est de plus en plus systématique chez les patients à risque.

Prévention : ce qui réduit le risque

  • choisir un chirurgien expérimenté (au moins 100 cas/an) ;
  • arrêter le tabac 1 mois avant et 1 mois après ;
  • arrêter aspirine et anti-inflammatoires 10 jours avant ;
  • respecter scrupuleusement les consignes post-op ;
  • signaler immédiatement tout signe anormal ;
  • ne pas opérer si attentes irréalistes.