Les suites opératoires : jour par jour
Beaucoup plus que la chirurgie elle-même, c'est la phase post-opératoire qui marque les patients. Œdème, ecchymoses, gêne respiratoire, fatigue : ce qui vous attend, jour après jour, avec les bons gestes et les pièges à éviter.
Le soir, à la maison
Retour à domicile dans la majorité des cas. Vous vous sentez fatigué, le nez complètement bouché, parfois nauséeux. Repas léger (soupe, compote). Dormez en position semi-assise, avec deux oreillers sous la tête. Appliquez de la glace sur le front et les pommettes (jamais sur le nez directement) par sessions de 15 minutes. Première dose d'antalgiques avant le coucher.
Le visage gonfle
Les ecchymoses commencent à apparaître autour des yeux. Œdème des paupières marqué. Sensation de nez bouché intense (œdème muqueux + mèches éventuelles). Pas de douleur réelle, plutôt une pression et une gêne. Les antalgiques de palier 1 (paracétamol) suffisent. Pas d'anti-inflammatoires (ibuprofène, aspirine), ils favorisent les saignements.
Les bleus à leur maximum
L'aspect est saisissant : paupières gonflées, ecchymoses bleu-violet pouvant descendre sur les pommettes, voire jusqu'aux gencives supérieures. C'est normal et toujours transitoire. Continuez la glace (front, pommettes), reposez-vous, hydratez-vous. Si vous avez des mèches non résorbables, elles sont généralement retirées à J+2 ou J+3 — moment redouté mais bref (10 secondes par narine).
Les bleus virent au jaune-vert
Phase de résorption : les ecchymoses changent de couleur (bleu → vert → jaune). Si vous avez des splints septaux (plaquettes de silicone), ils peuvent être retirés à ce stade. L'œdème des paupières commence à diminuer. Vous reprenez progressivement une vie quasi-normale chez vous.
Le grand moment
Vous retournez en consultation. Le chirurgien retire l'attelle, nettoie le nez, retire d'éventuels fils non résorbables (incision columellaire). Premier choc visuel : votre nez apparaît œdématié, rouge, parfois bouché. Ce n'est pas le résultat final. Il faudra des mois pour que l'œdème se résorbe.
Reprise du travail possible
Pour la majorité des emplois sédentaires, vous pouvez reprendre. Maquillage léger autorisé. Évitez les lunettes appuyant sur l'arête nasale (problème pour les myopes : préférez les lentilles pendant 6 semaines). Évitez de moucher fort (gestes contre-indiqués décrits ci-dessous).
L'œdème continue de fondre
Vous récupérez 30 à 40 % de votre apparence finale. Le nez reste œdématié, particulièrement au niveau de la pointe. Les ecchymoses ont disparu. Reprise d'activités sociales et professionnelles complètes. Pas encore de sport.
La douleur, le grand mythe
La rhinoplastie est étonnamment peu douloureuse. Les patients rapportent généralement une douleur de 2 à 4 sur 10 les premiers jours, jamais au-delà. La sensation dominante est plutôt :
- une pression dans le nez et entre les yeux ;
- une gêne respiratoire par obstruction muqueuse ;
- une fatigue générale les 3-4 premiers jours.
Le paracétamol à dose maximale (1 g x 4 par jour) suffit dans plus de 90 % des cas. Si la douleur dépasse 6/10, cela signifie probablement quelque chose d'anormal : appelez le chirurgien.
Les gestes interdits
Tout ce qui peut faire pression sur la pyramide nasale ou augmenter l'œdème :
À éviter strictement pendant 6 semaines
- Mouchage fort : on essuie doucement, on n'expire jamais à pression ;
- Lunettes appuyant sur le nez (préférer lentilles ou lunettes maintenues par sparadrap sur le front) ;
- Tabac : risque de nécrose multiplié par 5 ;
- Anti-inflammatoires (ibuprofène, aspirine, kétoprofène) ;
- Alcool pendant 2 semaines (vasodilatation, œdème) ;
- Sport, sauna, hammam, jacuzzi ;
- Exposition solaire directe sur le nez (risque de pigmentation) ;
- Sommeil sur le ventre ou le côté ;
- Avion les 2 premières semaines (variations de pression).
Les soins quotidiens
Routine post-opératoire à suivre 2-3 fois par jour :
- Lavage de nez au sérum physiologique ou solution Mer (Stérimar®, Physiomer®) ;
- Nettoyage doux de l'incision columellaire avec une compresse imbibée de sérum physiologique ;
- Application éventuelle d'une pommade cicatrisante (Cicalfate®, Homéoplasmine®, vaseline) sur la cicatrice ;
- Compresses fraîches sur le front et les pommettes (premiers jours).
L'alimentation
Les premiers jours, privilégiez :
- aliments tièdes ou froids (la chaleur augmente l'œdème) ;
- texture molle (la mastication trop forte peut être douloureuse) ;
- hydratation abondante ;
- évitez le sel en excès (rétention hydrique) ;
- évitez l'ananas, le curcuma et l'arnica qui sont parfois recommandés comme « anti-bleus » mais sans preuve scientifique solide.
Quand appeler le chirurgien ?
N'hésitez jamais à téléphoner si :
- saignement actif et persistant (plus que quelques gouttes) ;
- douleur dépassant 6/10 ou non soulagée par les antalgiques ;
- fièvre > 38,5°C ;
- écoulement purulent par les narines ;
- asymétrie majeure de l'œdème (suspecter un hématome) ;
- déformation visible sous l'attelle ;
- douleur ou rougeur thoracique (rare risque thrombo-embolique).